THE VIGIL

(2019). Yakov Ronan a perdu la foi et manque d’argent depuis qu’il a quitté sa position auprès de l’église juive orthodoxe de Brooklyn à New York. Lorsque son ancien mentor religieux lui propose d’être le shomer d’un défunt croyant pour la nuit, il accepte. Mais la veillée funèbre ne va pas se dérouler comme prévu et Yakov va devoir combattre ses démons et l’entité malfaisante qui rode dans la maison…

Tout d’abord, qu’est ce qu’un shomer ? Je dois avouer que je ne connaissais pas ce terme avant le film, mais il est très à propos pour imaginer une histoire autour de cette pratique, ce que Jason Blum et Blumhouse, sa boite de production bien connue des fans d’horreur, a essayé de mettre en avant. Chez les juifs orthodoxes, lorsqu’un membre de la communauté meurt, le corps est gardé nuit et jour à tour de rôle par des shomers, ou “gardiens”, qui récitent des psaumes pour apaiser l’âme du défunt et la protéger du mal invisible. Ce sont en général des parents ou des proches, mais il peut aussi y avoir des shomers rémunérés. Ils sont sollicités quand personne d’autre ne peut le faire.

Voilà le postulat de base.

Les productions Blumhouse naviguent dans les eaux troubles des films de série B, et quelque fois (de plus en plus souvent même), une bonne histoire, bien réalisée et bien jouée sort du lot. C’est le cas pour The Vigil. L’angle d’attaque  du film est très malin, puisque le scénario privilégie la psyché du protagoniste à la superstition que crée la situation. Yakov est atteint d’un syndrome post traumatique suite à un événement que l’on découvre à mesure de l’avancée de l’histoire et le poids de la culpabilité qui l’écrase semble être l’unique explication de ce qu’il voit ou ressent. Et c’est là où le film excelle. Sans parler du jeu de Dave Davis.

Le protagoniste est sous médicament, suivi par un psychiatre et lorsque des phénomènes étranges apparaissent, on ne sait jamais s’il s’agit d’une entité surnaturelle qui rode ou s’il s’agit des propres angoisses et de la paranoïa de Yakov. Et pour ça, il faut reconnaître que Dave Davis est incroyable, son interprétation est bluffante et il réussit par ses expressions, ses silences, ses mouvements, bref, toute la panoplie de son jeu à entretenir le trouble sur la réalité de ce qui se passe. Il se demande s’il est en train de perdre l’esprit, si les bruits inexplicables et les ombres ne bougent que dans sa tête. Les deux tiers du film sont donc une réussite, avec assez peu de jumps scare puisque toute la peur que suscite le film se situe sur l’atmosphère vraiment creepy, et la veuve du défunt, Mme Litvak, qui est aussi flippante qu’attendrissante, lorsqu’elle a des moments de lucidité entre ses crises de démence (la performance de l’actrice Lynn Cohen est également phénoménale).

Mais la dernière partie est moins intéressante, dès que le Dybbuk, sorte de démon que le mort a attiré lors de son passage à Buchenvald, est révélé et que l’on sait comment il fonctionne et comment le combattre. On retombe ainsi dans une production classique qui reprend sans grande invention les codes des films de possessions et fait retomber toute la tension accumulée. A noter tout de même l’excellente scène lorsque Yakov essaie de fuir la maison, réaction enfin “normale” que tout le monde devrait avoir dans ce genre de situation.

En conclusion, c’est un film à voir, pour l’histoire qui sort des sentiers battus, la façon dont elle est traitée et la performance remarquable des deux acteurs principaux, même si la dernière partie est un peu moins à niveau, elle ne gâche pas non plus tout le film. Attention à voir une version avec sous titres, même si le film est en anglais, car il y a de nombreux dialogues en yiddish pour accentuer l’immersion dans la communauté. Je recommande vraiment The Vigil : 15/20.

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